Elodie Boublil : Injustice épistémique, vulnérabilité (s) et relation de soin : quelle éthique de la rencontre clinique ?

Dans le cadre des « Grandes Conférences du CGGG » nous accueillons Elodie Boublil, maîtresse de conférence en philosophie, rattachée au LIS (Université de Paris-Est Créteil - UPEC)

Titre :  Injustice épistémique, vulnérabilité (s) et relation de soin : quelle éthique de la rencontre clinique ?

Résumé :  La question des violences dans le monde du soin, qu’elles s’exercent à l’endroit des patients ou des soignants (violence agie ou subie) ou qu’elles fassent irruption dans le soin, occupe l’actualité depuis plusieurs années. Dans cette conférence, nous proposons plus spécifiquement d’analyser la question du déficit de crédibilité accordée à la parole du patient, en situation de vulnérabilité, ou au soignant dans le cadre de ses interactions professionnelles, comme une source et une manifestation de cette violence. Les études contemporaines en éthique médicale et en philosophie de la santé ont, en effet, souligné la nécessité d’étudier la question de l'injustice épistémique dans le contexte de la relation de soin. Cette communication vise donc à présenter les liens ou corrélations épistémiques identifiés par ces courants philosophiques contemporains, afin de permettre une relation plus juste entre soignant et patient, et de repenser les termes et les conditions de l’alliance thérapeutique, mais aussi de surmonter les déterminants sociaux et psycho-sociaux à l’œuvre dans l’exercice du soin et les problématiques hiérarchiques et managériales qui peuvent nuire à ce dernier. Nous commencerons par présenter le concept d’injustice épistémique (Fricker, 2007) et par montrer sa pertinence pour comprendre certaines dynamiques à l’œuvre dans la relation de soin. Puis nous analyserons la manière dont ces injustices épistémiques agissent sur les représentations de la vulnérabilité, et sur les savoir-être des soignants. Dans un troisième temps, nous proposerons alors une réflexion critique sur l’empathie, et chercherons à approfondir les conditions d’une « écoute vertueuse ». Les problématiques du consentement et de l’information des patients seront ainsi reformulées, à la lumière d’une éthique phénoménologique de la vulnérabilité qui cherche à prendre en compte à la fois la demande des patients, les rythmes des soignants et les contraintes institutionnelles et déontologiques à l’œuvre dans l’exercice du soin.